L'écriture d'une bande dessinée

Merci à tous ceux qui se sont déplacés pour le lancement français de Monte Cristo, tome 1 ! Nos dédicaces en librairie et au festival ont été une bonne occasion pour l'illustrateur Mario Alberti et moi de se voir en personne. (Mario vit et travaille à Trieste, je suis à Montpellier).

Voici un aperçu de notre travail en cours sur le deuxième album de la trilogie : "L'île", dont la sortie est prévue pour début 2023. Mario a dessiné les 19 premières planches (il n'en reste plus que 51 !), en noir et blanc et en niveaux de gris, la couleur devant être ajoutée à la fin. Il a commencé par faire une mise-en-page rough de l'ensemble du livre de 70 pages, à partir de mon scénario ; nous avons peaufiné les détails via Slack et Zoom.

Pour ceux qui sont curieux du processus de collaboration dans la bande dessinée, voici les extraits du scénario et du rough pour les cases ci-dessus :

Chaque projet, et chaque paire scénariste-dessinateur, est unique. Parfois, les scénaristes dictent en détail la mise en page et la composition des cases. Pour moi, faire cela avec un auteur du calibre de Mario équivaudrait à dire à un directeur de la photographie quel objectif utiliser. Je "vois" des cases dans mon imagination lorsque j'écris, mais cela ne veut pas dire que Mario doit les dessiner de cette façon. Le travail d'un dessinateur de bande dessinée est comparable à celui d'un réalisateur de film, d'un directeur de la photographie, de tous le acteurs et de toute l'équipe. Dans l'écriture, qu'il s'agisse d'une bande dessinée ou d'un film, j'essaie de suggérer mes idées pour des cases ou des plans (ou le casting, ou le jeu des acteurs...) indirectement, par le choix des mots et la formulation, plutôt que de dire "faites comme ça". Je veux que le scénario soit suffisamment précis pour que les scènes et les moments prennent vie dans l'imagination du lecteur (du réalisateur, de l'illustrateur, de l'acteur), puis qu'il leur laisse suffisamment de marge de manœuvre pour créer ces moments à nouveau comme eux seuls peuvent le faire.

Cela dit, faire rentrer une histoire dense et complexe dans 70 pages grand format est le devoir d'un écrivain, et non d'un illustrateur. Dans mon scénario pour Monte-Cristo, je précise les changements de page. (Je savais que les cases ci-dessus se trouveraient vers le bas de la page 2, et qu'il s'agirait d'une page de gauche). Mais là encore, chaque projet est différent. Pour un regard approfondi sur le processus créatif d'un autre roman graphique — Templiers, avec les illustrateurs LeUyen Pham et Alex Puvilland — découvrez ce livre électronique gratuit de 86 pages.

Maintenant, retour au travail — Mario sur les planches 20-21, et moi (puisque j'ai déjà écrit les scripts des trois livres) sur des projets pas encore annoncés.  Monte Cristo T1 : "Le Prisonnier" est maintenant dans les librairies françaises. Vous pouvez en découvrir les détails (et lire des critiques, et télécharger des extraits en PDF couleur) ici.